Un peu déçues de ne pas passer la nuit dans le palace de Madame tulipe, nous nous réconfortons par l’idée de passer une bonne nuit au chaud, dans un lit, et de pouvoir prendre une DOUCHE!

Après s’être lavées convenablement, nous décidons de faire un petit tour afin de découvrir la fameuse ville qu’est Kenmare. Les magasins de sont pas encore fermés, nous en profitons pour faire un stock culinaire. Ce soir, ce ne sera pas Pringles et fruits secs, mais Omelette et fruits frais!!

Epuisées, nous nous engoufrons dans notre matelat, en imaginant que nous sommes chez la jolie cruelle bourgeoise!

Mais vers deux heures du matin, la porte de notre chambre s’ouvre et une odeur intenable envahit nos narines.
- “Oulala, il a bien bu et bien fumé celui là!” pensais-je.
Située dans le lit inférieur du lit superposé, j’apperçois seulement son jean et ses baskets, qu’il s’empresse de retirer pour s’affaler sur le lit voisin au mien.
-”Oulala, il pue des pieds quand même! … Mais, c’est bizarre, il ne se met pas dans ses couvertures? Il doit être vraiment très fatigué! Ouahhhhh, il sent vraiment TRES mauvais, c’est intenable – bon, je vais me tourner du coté du mur!”
Et puis Flora me dit “Claudia, j’suis pas très rassurée là!”, mais bon, il est deux heures du mat’, on ne peux pas faire grand chose! “Mais non, t’inquiète pas Flo!”

J’essaye d’inspirer le peu d’air encore respirable sous ma couette avant de me résoudre à sortir la tête. Mais c’est pas possible de sentir comme ca?!

Et là, un grommèlement étrange se fait entendre en provenance de mon voisin. De par sa voix et son haleine, je perçois que ce cher jeune homme est en réalité un clochard, venu s’abriter pour la nuit. Ahhhh, l’odeur s’explique! Ah, et ce pack de bière qu’il a déposé entre son lit et le mien, c’est donc pour ça!
- “Heyyyyyyyyyyyyyyyy, Folks” ….. “Folks” crie le vieillard.
Mon coeur va sortir de ma poitrine, je reste immobile et me concentre sur ma respiration, pour que ma peur ne se présente pas. Faire semblant de dormir – ne pas bouger – Je pense à mon appareil photo et à mon portefeuille, situés entre son lit et le mien. J’ai peur, j’ai si peur et je regrette de ne pas me trouver dans la tente miracle au milieu d’un champ de vache sous la tempête.
Je l’entend qui bouge – il vérifie que son pack de bière est encore la. Je pense à mon déodorant aérosol, sensé nous protéger en cas d’agression qui se trouve à l’autre bout de la pièce. Je pense à ma maman… et je respire.

Il se penche et attrape la toile de tente que j’avais étendue entre son lit et le mien pour sécher et la glisse sur lui.
Oh nonononon, je ne peux pas lui laisser la tente! Et là, je l’ai imaginé vomir sur ma toile de tente. Me voyant déjà nettoyer la substance de ma tente, j’ai opté pour l’intervention.
Je tapotte son épaule et la voix chevrottante:
-”Hey, you can’t take that, it’s our tent
- What?!
- You can’t take that, it’s our tent
- Your tent?
- Yes.
- Ah.
Et voyant son air déconfit et désespéré, je lui ai dit de prendre la couverture qu’il avait sous lui. Le pauvre m’a fait trop de peine lorsqu’il m’a ensuite expliqué qu’il était désolé, qu’il ne savait pas où dormir et qu’il avait pensé qu’il pouvait venir là. Alors je l’ai réconforté et j’ai tenté de fermer l’oeil, rassurée de l’issue de cette histoire. Sa lèvre était ensenglantée et il puait tellement!

En l’entendant ronfler, j’ai transféré toutes nos affaires de valeur à Flo, qui, elle non plus, n’arrivait pas à fermer l’oeil.

Le lendemain, n’ayant pas dormi, nous avons maudit Mme Tulipe! Mortes de rires, nous sommes sorties de l’auberge et avons informé le propriétaire qui nous a quand même fait payeer la nuit avec pour seule compensation un “sorry for the inconvenience”.

Bon, encore une nuit de folie!

Bilan N4: